Toute l’actualité du mois de juin

CDs

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Musiques du Silence
Mompou, Satie, Ravel, Debussy …
Guillaume Coppola | piano
  

Avec l’intelligence et la sensibilité qu’on lui connaît, le programme proposé par Guillaume Coppola sur les musiques du silence s’arc-boute en un seul souffe autour du compositeur catalan Federico Mompou, et invite d’autres musiciens à exprimer un retour à l’essentiel, une forme d’ascétisme et de mysticisme. Un programme tout en poésie mêlant raretés et pièces célèbres du répertoire. Une expérience sonore inouïe, quasi hypnotique.

Sortie le 5 Avril 201 | Label Eloquentia |Distribution Socadis

Communiqué de presse


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All’Ungarese
Kodály, Popper, Dohnányi
Aurélien Pascal | violoncelle, Paloma Kouider | piano

Premier Grand Prix au Concours Feuermann de Berlin à 19 ans, Aurélien Pascal a prouvé qu’il était l’un des plus brillant représentant du violoncelle de sa génération. Il nous le montre à nouveau dans cet enregistrement élaboré autour de Zoltán Kodály et de la Sonate Op.8, monument pour violoncelle seul aussi immense que révolutionnaire. Ajoutant encore à l’intérêt de ce disque passionnant, Ruralia Hungarica, recueil d’un autre compositeur hongrois, Ernő Dohnanyi, enregistré en première mondiale dans sa version pour violoncelle et piano.
Aurélien Pascal déploie dans ce disque toute l’étendue d’une virtuosité époustouffante, autant qu’une musicalité partout célébrée. Il trouve en Paloma Kouider une partenaire au piano non moins brillante et investie.

Sortie le 12 Avril 2019 | Label La Musica

Communiqué de presse


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Ravel à Gaveau
Valses nobles et sentimentales
David Lively | piano, Aurélien Pascal | violoncelle, Denis Pascal | piano, Svetlin Roussev | violon
 

Maurice Ravel a créé à la salle Gaveau quelques-unes de ses pièces majeures : les Valses nobles et sentimentales, Le Tombeau de Couperin, le Trio avec Piano et la Tzigane à l’occasion des concerts organisés par la Société Musicale Indépendante cofondée par le compositeur en 1909-1910.
Il revient à Svetlin Roussev, Aurélien Pascal, David Lively et Denis Pascal, quatres musiciens à la musicalité et à la virtuosité partout célébrée d’interpréter ces œuvres mythiques dans le contexte de leur création.

Sortie le 19 Avril 2019 | Label : La Musica

Communiqué de presse


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Ravel, lʼexotique
Takénori Némoto, Marie Lenormand, Pablo Schatzman, Iris Torossian,  Ensemble Musica Nigella

Ensemble Musica Nigella enregistre un programme entièrement consacré à Maurice Ravel aux côtés de Marie Lenormand, mezzo-soprano et sous la direction de Takénori Némoto. Les meilleures œuvres de Ravel sont réunies dans ce premier disque.

Sortie le 31 mai 2019 | Label Klarthe Records

Communiqué de presse


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PRÆLUDIO
Patrick LANGOT | violoncelle

PRÆLUDIO est le troisième opus – le premier en solo – de Patrick Langot chez Klarthe Records. Créateur du Quintette Syntonia, soliste et chambriste à la discographie saluée par la presse, violoncelle solo de phalanges internationales, il nous livre un récital sur trois instruments réunissant l’Alpha et l’Oméga du “Prélude” pour violoncelle seul. Un voyage du baroque à aujourd’hui, où Domenico Gabrielli dialogue avec Sofia Gubaidulina et où la création de Benoît Menut (Grand Prix SACEM 2016 “Jeune Compositeur”) côtoie une vision personnelle, spirituelle et inédite des plus célèbres pages pour violoncelle : les Préludes des 6 Suites BWV 1007 à 1012 de J.S. Bach.

Sortie le 24 mai 2019 | Label Klarthe Records    

Communiqué de presse


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La Patience
Gabriel SIVAK
Orchestre de Picardie, Arie Van Beek, Maya Villanueva
  

C’est un passionnant panorama de sa musique vocale que nous propose Gabriel Sivak dans ce disque monographique. La variété de ses univers séduit d’emblée. Sans jamais cesser d’être lui-même, Gabriel Sivak puise son inspiration un peu partout, chez les poètes de son pays (l’Argentine) ou chez Rimbaud, dans les musiques populaires, le slam ou le rap. Sifflets, murmures, voix d’enfants, cris de bébé peuplent cet univers onirique. Tout cela témoigne d’une insatiable curiosité et d’un bel esprit de liberté créatrice qui surprennent et enchantent l’auditeur.

Sortie le 12 avril 2019  | Label Klarthe Records

Communiqué de presse


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Trois Frères de l’Orage
Haas, Krasa et Schulhoff
Quatuor Bela

Dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, trois jeunes musiciens ont péri dans les camps de la mort, tués par la barbarie de l’homme, Haas, Krasa et Schulhoff.
« Trois frères de l’orage » rend hommage aux musiciens et revisitent leurs œuvres pleines du mystère…

Sortie le 19 avril 2019  | Label Klarthe Records

Communiqué de presse


Schwanengesang
Franz Schubert, Le Chant du Cygne
Thomas Dolié, baryton 
Olivier Godin, piano

Aux deux recueils de lieder retrouvés après la mort de Schubert, l’éditeur Haslinger ajoutait un quatorzième lied et donnait à l’ensemble le titre de Chant du Cygne. Faux cycle, mais véritable plongée dans l’intimité des derniers instants de la vie du compositeur.
Sortie le le 10 mai 2019 | Label Klarthe Records
Communiqué de presse


ARTISTES & ENSEMBLES MUSICAUX

ENSEMBLE CONTRASTE

La musique est une fête – Contraste la savoure, en toute liberté !

Après une actualité printanière riche en concerts et la restitution publique du projet annuel d’actions de médiation dans le Pas-de-Calais avec plus de 250 bénéficiaires de tous âges, retrouvez l’Ensemble Contrasteau gré de ses pérégrinations estivales aux 4 coins de la France, en Suède et en Belgique.
Nos musiciens rendront ces prochains mois hommage à Jacques Offenbach, Mozart, Purcell, Britten, Schubert mais aussi Joséphien Baker, aux côtés notamment de leurs amies chanteuses Jodie Devos, Karine Deshayes, Magali Léger et Chantal Santon …

 Pour ce beau mois de Juin, vous retrouverez l’ensemble Contraste au Théâtre des Bouffes du Nord, à Hardelot, aux Flâneries de Reims et à l’Abbaye de Noirlac !

CONCERTS

15 juin à 22h30
Midsummer Festival – Hardelot (62)
After show classic and jazz !
avec Marion Rampal (chant)

17 juin à 20h30
Théâtre des Bouffes du Nord – Paris (10ème)
Offenbach Colorature
avec Jodie Devos (soprano)
en partenariat avec la Fondation Bru Zane France

20 juin à 19h
Flâneries musicales de Reims (51)
Offenbach Colorature
avec Jodie Devos (soprano)
en partenariat avec la Fondation Bru Zane France

25 juin à 20h
Flâneries musicales de Reims (51)
Joséphine Baker
avec Magali Léger (soprano)

29 juin à16h
Abbaye de Noirlac (18)
Miroirs


VOCES8

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VOCES8, lauréat de nombreux prix internationaux, est l’un des principaux ensembles vocaux britanniques, et propose un répertoire allant des polyphonies anciennes jusqu’au jazz en passant par des arrangements populaires. VOCES8 captive son public à travers l’Europe par des concerts sensationnels, un chant raffiné aux multiples sonorités.

CONCERTS

11 juin 2019 à 20h30
Paris (Boulogne-Billancourt), La Seine Musicale

12 juin 2019 à 20h30
Paris (Boulogne-Billancourt), La Seine Musicale

13 juin 2019 à 20h30
Paris (Boulogne-Billancourt), La Seine Musicale


CD

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VOCES8
ENCHANTED ISLE

Sortie : 18 janvier 2019 • Label : DECCA
Le célèbre ensemble vocal britannique Voces8 dévoile sur leur nouvel album « Enchanted Isle » de nouveaux arrangements de mélodies écossaises et irlandaises, ainsi que chansons signées par des textes des plus grands poètes anglais. La musique écrite à l’origine pour le cinéma ou la télévision est réinventée pour créer des sonorités rappelant des paysages à l’aquarelle ou des sculptures soigneusement ciselées. « Enchanted Isle » jette un regard contemporain sur le paysage de collines et de vallées verdoyantes, de montagnes escarpées et de villages cachés.


JUDITH JAUREGUI piano

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Spontanéité, éclectisme, partage

Saluée par la critique comme une artiste lumineuse, élégante et personnelle, Judith Jáuregui est devenue l’une des figures marquantes de la scène musicale espagnole

Judith Jáuregui – Portrait

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Pour le tombeau de Claude Debussy – Live from Vienna’

Pour le tombeau de Claude Debussy comprend des oeuvres avec lesquelles Judith Jáuregui se sent particulièrement en osmose et qu’elle a données en concert à Vienne (Autriche) en octobre 2018.

Sortie mars 2019 – Label Ars Produktion.

Communiqué de presse


SAISONS ARTISTIQUES

ROYAUMONT – Abbaye & Fondation

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Créée en 1964, la Fondation Royaumont est propriétaire de l’abbaye fondée par St Louis en 1228, classée monument historique en 1927. La Fondation a pour mission de conserver et d’enrichir ce patrimoine, de le mettre au service des artistes et de le rendre accessible à tous les publics. Concerts, rencontres gratuites Fenêtres sur cour[s], ateliers, colloques… se déroulent toute l’année dans l’abbaye.

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Festival de Royaumont  du 7 septembre au 6 octobre 2019

Le Festival commencera le week-end des 7 et 8 septembre, avec une série de concerts liés à l’Académie Voix Nouvelles, en préambule d’un programme de musique d’aujourd’hui particulièrement aérien.
Les 14 et 15 septembre, la danse enlacera une proposition musicale singulièrement transculturelle.
Le samedi 21 septembre sera consacré à Bach et Telemann, le dimanche 22 aux chants arabes et andalous.
Schumann sera au cœur du 28 septembre, suivi, le lendemain, de Rameau et de ses contemporains.
Le Festival s’achèvera le week-end des 5 et 6 octobre avec les voix de talentueux lauréats, avant d’atteindre un point d’orgue le dimanche.


PHILIPPE MAILLARD PRODUCTIONS

Philippe Maillard Productions propose des concerts différents de ceux des grandes salles parisiennes, notamment par les lieux atypiques où ils prennent place ( Salle Gaveau, Église Saint-Roch, Salle Cortot, Oratoire du Louvre, Théâtre Grévin…). Avec la présence des plus grands artistes comme Philippe Herreweghe, Jordi Savall, Sigiswald Kuijken, Pierre Hantaï, Jean Rondeau, Daniel Reuss et Lionel Meunier entre autres.

Lundi 3 Juin 2019 – 20h30
Théâtre Grévin

Justin Taylor, clavecin
J.S. Bach

29e saison des concerts Philippe Maillard Productions
2019/2020

Cette nouvelle saison sera l’occasion de célébrer plusieurs anniversaires importants d’ensembles qui ont marqué nos concerts depuis presque 30 ans. Le Collegium Vocale Gent, qui magnifie la musique de Bach depuis des années à l’Eglise Saint-Roch, fêtera en 2020 les 50 ans de sa création. Il sera là pour quatre concerts exceptionnels, d’Arvo Pärt à Monteverdi, de Bach à Gesualdo. Le Poème harmonique fêtera de son côté ses 20 ans avec un programme Castaldi et Belli, tout comme les Folies Françoises qui nous offriront un Stabat mater de Pergolesi.
Laissez-vous tenter par l’inconnu, sortez des sentiers battus sans aucun parti pris ni a priori !

Communiqué de presse

Brochure 2019/2020


PIANO **** 
Des concerts d’exception depuis 1967

Daniel Barenboim et Staatskapelle Berlin, Nelson Freire, Elisabeth Leonskaja, Sunwook Kim Valentina Lisitsa, Edgar Moreau, Alexei Volodin, Andras Schiff, Nicholas Angelich, Elena Bashkirova, Radu Lupu, Murray Perahia, Rafal Blechacz…

Lundi 17 Juin 2019 à 20h30
Grande salle Pierre Boulez-Philharmonie

RAFAL BLECHACZ, piano
avec Quatuor Meccore
Chopin

Saison 2019-2020, Piano****
Pour la saison 2019-2020, Piano**** a souhaité maintenir la même exigence de qualité qu’il défend depuis plus de cinquante ans au sein du paysage musical parisien. Les concerts proposés s’inscrivent dans une continuité d’excellence qui privilégie avec passion les valeurs de partage et d’émotion.


FESTIVALS D’ÉTÉ

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Festival de la Vézère
du 9 juillet au 22 août 2019

Créé en 1981 le festival de musique classique se déroule chaque été, pendant les mois de juillet et août, sur tout le département de la Corrèze dans la région de la “Nouvelle Aquitaine” en France. Il accueille des artistes de renommée internationale.

Dossier de presse
Communiqué de presse


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Nice Classic Live
du 15 juillet au 9 août 2019

Le Nice Classic Live a repris, en 2018 le flambeau du festival du Cloître, s’appuyant sur une longue tradition de musique classique à Nice. Riche de son passé, mais résolument tourné vers l’avenir, Nice Classic Live veut s’inscrire parmi les événements majeurs de la vie culturelle estivale.


Dossier de presse
Communiqué de presse


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Nuits de la Citadelle Sisteron 
du 19 juillet au 13 août 2019

Le festival les Nuits de la Citadelle de Sisteron est l’événement important du paysage culturel sisteronais et des Alpes provençales. 

Dépliant du festival
Dossier de presse
Communiqué de presse


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Festival Sinfonia en Périgueux
29é édition
du 24 au 31 août 2019 

Événement majeur de la musique baroque, le festival se déroule chaque année à la fin du mois d’août, dans certains lieux du patrimoine de la région de Périgueux.

Dossier de presse
Communiqué de presse


A DECOUVRIR

J.S. BACH : Concertos BWV 1055, 1056, 1058 David Fray, piano
par Marc DARMON

J.S. BACH : Concertos BWV 1055, 1056, 1058 David Fray, piano

1 DVD Virgin 213064 9

Voici un DVD particulièrement instructif. Il est en fait en deux parties. Tout d’abord un film de Bruno Monsaingeon décortique l’enregistrement pour le disque compact des concertos de Bach, avec préparation, répétition et prise de son. La seconde partie montre l’interprétation intégrale des trois concertos qui a suivi l’enregistrement audio. On dispose donc à la fois d’une interprétation filmée de trois des plus beaux concertos de Bach, mais aussi d’un film passionnant d’un grand spécialiste sur la création d’un enregistrement moderne, qui nous apprend beaucoup sur le travail de répétition, de mise en place orchestrale, de coordination interprétative et stylistique entre le pianiste et son orchestre.

David Fray est un pianiste français de vingt-huit ans, extrêmement doué et attachant. Il dirige ici du piano, malgré la barrière de la langue, la Deutsche Kammerphilharmonie de Brème, petit orchestre de vingt cordes habitué des interprétations à l’ancienne. Le jeu de David Fray est magnifique à entendre (le CD a été un des tubes de l’année 2008, commenté ici par notre camarade Jean Salmona), mais aussi passionnant à voir comme au concert. Le moins qu’on puisse dire et que son apparence et son jeu ne laissent pas indifférent : visage torturé, position du corps déconseillée par tout professeur, on croît voir souvent Glenn Gould. L’image de Glenn Gould est omniprésente dans ce DVD, par la position du pianiste souvent recroquevillée sur le clavier, ses mimiques représentant une concentration extrême et une communion intense avec la musique. Le jeu de David Fray aussi a beaucoup de points communs avec celui de Glenn Gould, par ce  mélange de notes déliées et détachées comme au clavecin avec des phrasés inventifs et des nuances seulement possibles au piano.

Le travail de répétition est passionnant. Nous entrons là dans un monde habituellement caché. : les choix d’interprétation émergent peu à peu, soit d’un travail personnel et solitaire du pianiste avant les séances de répétition, soit de la confrontation avec son orchestre (il faut voir le regard horrifié de la violoncelliste lorsque David Fray demande exceptionnellement de jouer avec un peu de vibrato, style désormais banni pour les œuvres antérieures à Beethoven). Les moments de grande tension alternent avec les instants de détente (avec humour et coca-light).

Après les répétitions, assister à l’interprétation intégrale est particulièrement enrichissant, car tout ce que le pianiste a demandé et dit qu’il ferait  est bien là. On en apprécie d’autant plus ces magnifiques concertos. De plus, voir les musiciens non pas en tenu de concert mais en tenu d’enregistrement (donc en « civil ») donne l’impression qu’ils jouent pour eux-mêmes, après des périodes de répétition intense et qu’ils profitent d’être ensemble pour se faire plaisir, sans être interrompus par les différentes prises. Et nous, nous assistons à cela, aux premières loges. Exceptionnel.

Philharmonie de Berlin : concert de la St Sylvestre 2014, Mozart Rameau, Dvorak, Kodaly

Philharmonie de Berlin : concert de la St Sylvestre 2014, Mozart Rameau, Dvorak, Kodaly

Simon Rattle, direction ; Menahem Pressler, piano

1 DVD ou 1 Blu-Ary Euroarts 2061134

C’est un programme pour soirée de fête, avant que tous, spectateurs et musiciens, aillent célébrer le nouvel an 2015 avec leurs proches. Le programme est donc naturellement disparate, mais contient des merveilles. Simon Rattle avait déjà annoncé qu’il quittait la tête de la Philharmonie de Berlin, pour retourner dans son Angleterre natale. Sa succession à ce poste le plus en vue de la musique classique a d’ailleurs donné lieu à un feuilleton à rebondissement et à suspens début 2015. Rattle a choisi pour ce soir-là des œuvres qui couvrent une période de deux cents ans, du baroque français (Les Indes Galantes, 1735) au musicien hongrois post romantique Zoltan Kodaly (Hary Janos, 1927), en passant par Dvorak, Brahms, Chopin et Mozart.

On est obligé de débuter cette chronique par le concerto en La de Mozart, le célèbre vingt-troisième, car cette partie du concert est une expérience unique. Le soliste en est Menahem Pressler, à quatre-vingt-onze ans passés. Pressler a créé le Beaux-Arts trio soixante ans auparavant, la référence pour les œuvres pour trio avec piano, forme qui a donné le jour à de nombreux chefs d’œuvres (Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Schuman, Tchaïkovski, Rachmaninov, ….). Mais Pressler se produit en soliste depuis ses quatre-vingt-cinq ans, après la dissolution du Beaux-Arts trio, et avoir changé deux fois de violoncelliste et trois fois de violoniste. Et on réalise depuis dix ans quel magnifique pianiste soliste est celui qui a été l’âme d’un des ensembles de musique de chambre les plus important de ces dernières décennies. En bonus, le DVD propose un touchant film documentaire sur l’artiste.

Le vingt troisième concerto de Mozart est naturellement un chef d’œuvre. Le second de ses trois mouvements est très célèbre, son thème ayant été repris dans de nombreuses illustrations musicales, dont le magnifique l’Incompris de Luigi Comencini, relatant l’injustice envers un frère ainé. Naturellement, on a entendu ce concerto dans de nombreuses interprétations mémorables, les versions de références du jeune Barenboïm, de Murray Perahia, d’Ashkenazy, de Brendel, de Geza Anda, de Brendel, ou les interprétations mémorables d’un Horowitz très âgé (près de dix ans de moins que Pressler, tout de même) ou Serkin. Et pourtant, jamais on n’a entendu ce que l’on entend (et voit) dans ce concert. C’est proprement parfait. Mais attention, pas parfait comme un bon élève, parfait au sens que cela parait inégalable. Le toucher, le phrasé sont absolument sublimes, et seraient déjà incroyables chez un pianiste de trente ans de moins. Quel magnifique pianiste. Bien sûr c’est le célèbre adagio qui convient le mieux à l’artiste, dans les deux mouvements extrêmes on peut avoir l’impression que le pianiste ralenti imperceptiblement le tempo de l’orchestre (que Rattle dirige là sans baguette). Standing ovation naturellement (en présence de la chancelière), et donc en bis Pressler nous offre un superbe nocturne de Chopin, où là encore son sens du toucher et du « rubato » font merveille, idéal comme l’enregistrement que Claudio Arrau en fit en 1978 (à soixante-quinze ans) et qui est peut être un des dix plus beaux disques de piano au monde.

Le reste du programme est très réussi, et les spectateurs de ce gala n’ont pas dû regretter leur soirée. En ouverture, une rareté à Berlin, une sélection des morceaux orchestraux dansants des Indes Galantes, opéra ballet de Rameau (1735). Avec un orchestre allégé, le même que pour le Mozart qui va suivre, Rattle donne une vraie leçon d’interprétation à l’ancienne, avec un parfait style des violons, des flutes (le français Emanuel Pahud en première flute soliste), des percussions anciennes, et des chaines telles que décrites dans la partition pour le célèbre Air des Sauvages.

Après l’entracte, deux danses slaves de Dvorak, une danse hongroise de Brahms, très enlevées, et la suite d’orchestre tirée de l’opéra-comique populaire Hary Janos, de Zoltan Kodaly (prononcer « Kodaille »), présenté ici comme un véritable concerto pour cymbalum, extrêmement festif. Quelle soirée !

Fantaisies du Second Empire – Duos harmonium & Piano

Revue subjective

L’harmonium est mort, vive l’harmonium !

Le devoir de mémoire se saisit de ma plume et réveille mon âme révolutionnaire, car cet instrument fauché par l’implacable effet de mode est tombé bien trop tôt dans les oubliettes du temps. Il mérite son panégyrique, alors rendons lui hommage ! Et même si l’album ne nous offre que des duos (parfois duels) avec piano, c’est bien de lui dont il s’agit, sans offense aucune pour le piano dont les vanités n’ont nul besoin d’être caressées.

Sous l’impulsion de Napoléon III le Paris du Second Empire se modernise et s’invente, la capitale veut éblouir le monde et rassembler les élites. Les voies tentaculaires du baron Hausmann ouvrent la ville, les théâtres et grands magasins poussent comme des petits pains, et l’esprit de fête envahit la capitale. Il faut vivre, voir, et écouter en grand ! Mais les parisiens apprécient également une vie plus intime dans laquelle la musique s’exprime et se ressent différemment, une vie plus secrète dans laquelle les musiciens expérimentent des sonorités nouvelles, et c’est dans ce contexte que notre héros apparaît.

A Paris la mode est au salon, et l’on prend plaisir à s’y retrouver entre intellectuels, artistes et amis pour partager des moments musicaux. C’est ici que l’harmonium – ou orgue expressif – reprend souffle, plus habitué à prendre la poussière dans les églises que les devants dans les salons. Par son physique singulier, son timbre nostalgique et sa sonorité étonnante, il attire les yeux et les oreilles. Les musiciens lui composent des œuvres originales pour que cet instrument soit bien plus qu’une simple curiosité.

Cet album s’ouvre avec la Sonate op.61 de Lefébure-Wely qui s’exprime en 3 temps. L’Allegro maestoso nous présente deux personnages aux caractères opposés : un piano confiant, séducteur, parfois même autoritaire, et à ses côtés un harmonium beaucoup plus timide, sentimental sans grande confiance en soi. Pourtant ce sont bien là deux amis qui dialoguent et qui se connaissent depuis longtemps. Parfois ils s’invectivent, mais ils prennent aussi le temps de s’écouter et de se comprendre. L’harmonium n’ose pas encore s’exprimer librement, il préfère accompagner le piano et soutenir sa mélodie, quelques fois même il la reprend pour imiter son mentor et s’imprégner de sa force. Mais à la fin de ce premier acte, le piano se fait plus discret et s’imprègne de douceur pour à son tour honorer son ami, il l’incite même à prendre les devants. Ainsi se termine cet éveil musical très expressif dans lequel le Paris nostalgique se pavane et se romance. L’Andante laisse place à l’harmonium qui peut enfin dévoiler ses sonorités les plus romantiques et les plus sensibles. Le piano tout en nuance offre de délicates arpèges et sait se faire discret quand il le faut, sa subtilité surprend. Un ré majeur d’une profonde émotion. Enfin, le Final Vivace met les deux instruments sur un même pied d’égalité, parité oblige. Ce mouvement est rempli de joie et célèbre la vie dans toute sa splendeur, les amis se sont retrouvés et chantent ensemble. Le temps est à la fête et à l’audace, tous les éléments ne font plus qu’un. Ce dernier acte nous permet également de comprendre les intentions du compositeur qui, sans doute ravi que sa musique soit jouée en salon, y voit déjà une dimension bien plus grande : la salle de concert.

La promenade musicale se poursuit avec le Prélude, fugue et variation, op.18 de Franck dans un univers plus spirituel, où l’âme de Jean-Sébastien Bach parfume le salon. L’harmonium révèle les secrets les plus enfouis, ses sonorités nous bercent de nostalgie. Les thèmes reviennent et se développent comme des chansons, les jeux d’intervalles montants et descendants sur le clavier nous invitent à danser. On se laisse emporter par le rythme et les émotions de cette musique très cinématographique que Michel Legrand devait à coup sûr apprécier. Chaque instrument prend le temps de s’exprimer et de se dévoiler en solitaire (approche poétique), et permet aux deux interprètes de révéler une grandeur intérieure qui enrichit leurs âmes et nous communique le Beau (parallèle harmonieusement inspiré de Kandinsky dans son « Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier »)

Enfin les Six Duos, op.8 de Saint-Saëns viennent terminer le concert pendant que les invités, confortablement installés dans leurs sièges capitonnés, dégustent thé et pâtisseries. La Fantaisia e fuga fait revenir le piano virtuose au devant, à l’image d’un Paris faisant le paon, alors que l’harmonium lutte pour se faire entendre. Le duo redevient duel, mais dans un esprit de progrès : chaque instrument essaie de surprendre l’autre et l’invite à toujours plus d’audace et de liberté. Petite pause spirituelle qui fait écho à Franck avec la Cavatina où l’âme romantique s’exprime pleinement. Le combat reprend de plus bel juste après avec le Choral. Les trois derniers duos, dont le  Finale triomphe en apothéose, gardent cet esprit très parisien, joyeux et animé, et mettent en parallèle la technicité pétillante du piano avec la dimension profonde de l’harmonium. Ces duos sont d’ailleurs dédiés à Lefébure-Wely, ce qui, dans la construction de l’album est pertinent : la boucle est bouclée.

Avec ce premier enregistrement mondial sur instruments historiques, les éditions Hortus nous révèlent un mystère : le Nautilus musical que l’on croyait emporté avec tous ses secrets dans les abysses du temps a refait surface ! Quant aux sceptiques qui auraient du mal à concevoir une association piano et harmonium, par sensibilité d’oreille ou d’esprit, rappelons ces quelques vers écrits par Alfred De Musset dans Namouna lorsqu’il évoque le doux chant de Don Giovanni en duo avec le timbre étonnant de la mandoline.

…on dirait que la chanson caresse
Et couvre de langueur le perfide instrument ;
Tandis que l’air moqueur de l’accompagnement
Tourne en dérision la chanson elle-même
Et semble la railler d’aller si tristement
Tout cela cependant fait un plaisir extrême.

Dmitri Shostakovich : les 15 Symphonies, les 6 concertos

8 DVD ou 4 blu-ray Arthaus 75519

Orchestre du Mariinsky de Saint Petersbourg, Valery Gergiev

Né en 1906, Shostakovich a connu les révolutions de 1917, le régime et les exactions du régime de Staline, la mort du dictateur (et de Prokofiev, le même jour) et le succès des apparatchiks, et il est mort en 1975 avant toute perestroïka. Sa vie et son œuvre se sont inscrits au sein d’une société totalitaire. Bien sûr son œuvre est marqué par la période, tantôt patriotique (7° Symphonie, …), tantôt protestataire contre la guerre (8°Symphonie, …), contre le régime (et 10° Symphonies, 8° quatuor, Trio n°2, …), contre l’antisémitisme (13° Symphonie, …), tantôt, il est vrai, en support à une propagande à un régime qu’il ne soutenait pas (11° et 12° symphonies « 1905 » et « 1917 »). Mais avant tout, comme le suggère Gergiev toujours prompt aux compromis, il faut prendre ses œuvres comme ce qu’elles sont, des œuvres de musique pure, avec une science de l’effet, de l’émotion, de l’orchestration comme on n’en avait pas entendues depuis Mahler. Mahler ! Le nom est lâché. En effet tout relie les deux artistes, dont l’héritage symphonique est pour tous les deux la part la plus importante de l’œuvre (pour Mahler, presque exclusif) : le sens de l’orchestration, le sarcasme permanent sur la situation humaine et de la société, l’émotion maximale tirée de leurs passages poignants, les références personnelles incessantes, …

Le chef boulimique et hyperactif Valery Gergiev et son Orchestre du Théâtre Mariinsky (appelé Kirov pendant la période communiste) de Saint Pétersbourg (lieu de naissance de Shostakovich) ont joué et enregistré l’ensemble des symphonies et concertos en une dizaine de soirée à la feue Salle Pleyel en 2013/2014. La publication intégrale est une formidable opportunité de découvrir, à son rythme, les merveilles de ce répertoire.

Par où commencer ? Découvrez tout d’abord les deux symphonies les plus connues, à juste titre : la cinquième, réaction espiègle et ironique à la mise au banc du compositeur en 1936 sous prétexte que sa musique n’était pas jugée assez accessible, et la dixième, où Shostakovich célèbre la mort de Staline en signant chaque mouvement de son tétragramme DSCH (Dmitri SCHOstakovich, selon la prononciation russe et la gamme germanique, Ré-Mi bémol-Do-Si bécarre), motif clamé sans fin. Puis tentez les symphonies patriotiques : la septième « Leningrad », créée en 1942 à Leningrad pendant le siège, par des musiciens faméliques, radiodiffusée par la BBC et la NBC (dirigée par Toscanini) la même année en hommage et soutien aux combattants russes, et la huitième, la préférée de Gergiev.

Ensuite découvrez les symphonies « classiques », la première (à 18 ans !) et la neuvième. Puis les symphonies militantes onzième « 1905 » et douzième « Année 1917 » (que Gergiev demande de réévaluer, comme l’avait fait mon grand-père qui me l’offrit il y a quarante-trois ans, le jour de la mort de Shostakovich).

Alors vous serez prêts pour attaquer les trois derniers chefs d’œuvres. La treizième symphonie mettant en musique pour voix de basse six poèmes, dont le célèbre manifeste contre l’antisémitisme Babi Yar, d’Evtouchenko, poète toujours vivant aujourd’hui, qui se lamente sur l’assassinat en masse en 1941 de près de cent mille juifs en Ukraine dans le « Ravin de Grand-mère », Babi Yar. La quatorzième, mettant en musique des poèmes d’Apollinaire (dont la célèbre Loreley), Garcia Lorca et autres poètes expressionnistes, poèmes sélectionnés pendant son séjour à l’hôpital. Pour la première fois, Shostakovich y choisit un effectif très réduit, uniquement cordes et percussions, ce qui donne une impression d’intimité, et, avec la présence de deux solistes chanteurs au milieu de l’ensemble orchestral, un effet proprement hypnotique. Et la quinzième, la plus énigmatique, où un Shostakovich affaibli fait un collage de symboles de sa jeunesse (Rossini, Wagner, ses propres musiques de film, …) et de ses œuvres emblématiques (quatrième et septième symphonies, …). Terminez par les symphonies expérimentales, moins accessibles, la quatrième, un chef d’œuvre, et les seconde et troisième symphonies.

Gergiev n’hésite pas à se produire en accompagnateur de concertos, contrairement à Mravinsky, son prédécesseur pendant cinquante ans à Leningrad. Tous les concertos de Shostakovich sont donc présents dans ce coffret. Les concertos pour violon ont été créés par David Oïstrakh, les concertos pour violoncelle par Rostropovitch, et les concertos pour piano par Shostakovich et son fils. Les chefs d’œuvres sont les premiers de chaque type, les premiers concertos pour piano, pour violon et pour violoncelle. Mais comment ne pas se délecter du simple second concerto pour piano, composé pour son fils Maxim, et de son incroyable mouvement lent, là interprété brillamment par Matsuev. Et de l’interprétation magnifique de Mario Brunello du second concerto pour violoncelle, et des deux incroyables bis qu’il nous offre (dont une cadence originale du premier concerto).

L’interprétation est à encenser tout du long des seize heures de musique. Gergiev dirige sans baguette, parfois s’aidant d’un simple cure-dent. Sa direction très expressive, adaptée aussi bien à Tchaïkovski, Mahler, Wagner (succès récents) ou Verdi, est magnifique ici. L’orchestre est d’une grande virtuosité : les cuivres et les bois, souvent solistes ou à découvert, sont très surs, très musicaux.

L’édition est très luxueuse, définitive. Les images sont magnifiques, encore plus en blu-ray. Chaque symphonie est précédée d’un commentaire introductif de Gergiev de quelques minutes, passionnant. L’ensemble est accompagné d’un livret en français décrivant chaque œuvres (et artistes), le DVD comprend un film en bonus décrivant la vie et l’œuvre de Shostakovich de façon chronologique, illustré par la vidéo des symphonies mais aussi de ballets, quatuor et opéra. Le film montre aussi l’excellent pianiste qu’était Shostakovich (mention au concours Chopin !), les témoignages poignants de son fils Maxim et de Rudolf Barshai.

Naturellement l’image apporte énormément par rapport à un disque, comme un concert. Pour des œuvres d’une telle densité, d’une telle richesse, pouvoir suivre des yeux les pupitres permet réellement de mieux « comprendre » la musique, de mieux réaliser ce qui se passe. Voilà une somme formidable, un trésor où trouver sans fin de nouveaux plaisirs.

Jean Sibelius : Les sept Symphonies

Quatres CDs et un Blu Ray   Berliner Philharmoniker Recordings

Direction Simon Rattle, Orchestre Philharmonique de Berlin

L’œuvre symphonique de Sibelius (1865-1957) comprend sept symphonies, toutes mémorables. Elles sont, avec le concerto pour violon et quelques poèmes symphoniques (Tapiola, Finlandia, En Saga, Quatre Légendes), des piliers de la musique du XXème siècle, parmi ce que ce siècle a fait de meilleur en musique. Ces symphonies sont encore insuffisamment connues et jouées en concert, comme l’étaient celles de Mahler il y a quarante ans. Karajan ne s’y était pas trompé, lui qui les a dirigées dès les années 30, et les a enregistrées à plusieurs reprises (sauf la troisième), considérant que ces symphonies étaient l’écrin idéal pour valoriser le soyeux des cordes, la brillance des cuivres et l’élégance des bois de l’Orchestre Philharmonique de Berlin dont il avait forgé un son proprement inouï. Un autre chef qui avait fait de Sibelius un cheval de bataille est Simon Rattle, alors jeune chef d’obscurs orchestres britanniques, dont ces enregistrements avaient participé à sa notoriété qui l’a amené progressivement jusqu’à diriger l’orchestre le plus célèbre du monde, à Berlin.

La réunion dans ces symphonies d’un Rattle désormais plus mur de trente ans et de l’Orchestre de Karajan (oui, des caractéristiques de l’orchestre de cette époque ont survécu, écoutez leurs pizzicati, un son identifiable qui date même de Furtwängler le prédécesseur de Karajan) est un événement pour les amateurs de Sibelius. Mais nous avons aussi la chance de trouver là une production qui filme magnifiquement les représentations, données pour les cent-cinquante ans de la naissance du compositeur. Or comme souvent pour les œuvres riches et complexes, l’image apporte beaucoup. Il est aisé de suivre le flux orchestral, la richesse de la partition, la qualité musicale des musiciens, le leadership du chef.

La forme des symphonies de Sibelius évolue entre une première symphonie de forme très classique en quatre mouvements jusqu’à la septième en un seul mouvement, flux musical continu sans structure ni reprise, formidable.

Pour enrichir le son des bois , très important chez Sibelius, les deux flutes de l’orchestre sont ici de nature et de son différents, Emmanuel Pahud jouant de sa traditionnelle flute en vermeil mais accompagné d’un second flutiste avec une flute en bois. Pour les mouvements lents où les bois sont souvent à découvert (la troisième ou la cinquième symphonie par exemple), cela donne un effet très fort, un son plus riche et complexe.

Personnellement j’aime et collectionne tout Sibelius, y compris sa musique de chambre, ses cantates ou opéra de jeunesse, son œuvre de piano, ses mélodies. Et je me réjouis à écouter ses successeurs finlandais Sallinen, Rautavaara et Kalevi Aho, passionnants. Pour les symphonies de Sibelius j’écoute régulièrement les enregistrements de Karajan et du jeune Rattle, de Bernstein, de Vladimir Ashkenazy, de Colin Davis. Mais désormais cet ensemble de films, par leur qualité et l’émotion qu’ils suscitent, est pour moi une référence, un blu ray où je reviens maintenant très régulièrement.

Gustav Mahler : Symphonies N° 1 à 7, et 9

Un coffret Blu-Ray EuroArts 2058574 ,  un Blu-Ray Accentus ACC10214

L’univers symphonique de Gustav Mahler comprend neuf pierres d’un édifice monumental composé entre 1888 et 1911. Neuf chefs d’œuvres parmi les plus importants de l’histoire de la musique, tous extrêmement prenants et émouvants.

Les concerts enregistrés années après années de 2003 à 2013 lors du festival d’été de Lucerne sous la direction de Claudio Abbado sont déjà parmi les plus grandes réussites culturelles du XXI° siècle. Abbado a recréé cet orchestre, inspiré par ce qu’avait fait Toscanini dans les années trente : les artistes qu’il apprécie depuis des décennies, chefs de pupitre de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, d’autres solistes internationaux tels que Sabine Meyer, Natalia Gutman, Wolfram Christ, Emmanuel Pahud, Renaud Capuçon, les Quatuors Alban Berg et Hagen et bien d’autres, se réunissent tous les ans pour interpréter Mahler, entre autres, sous la direction du maestro. La présence de ces solistes de tous âges réunis pour interpréter des symphonies parmi les plus difficiles du répertoire donne l’impression d’un événement exceptionnel, pourtant répété tous les ans.

Exceptionnelles circonstances ne mènent pas systématiquement à un exceptionnel concert. Pourtant, à Lucerne chaque année le miracle s’est reproduit et les concerts qu’on voit sont vraiment inoubliables. Les cordes somptueuses sont mémorables, mais comment ne pas être impressionnés par la qualité des bois (clarinettes, hautbois) et des cuivres (trompettes, trombones, cors), qui jouent très souvent à découvert et qui sont merveilleux.

La parution de ces concerts en Blu-Ray est une aubaine. Tout d’abord, et très prosaïquement, la capacité de stockage des Blu-Ray est très accrue par rapport au DVD, et la réédition des sept premières symphonies par Euroarts tient en seulement quatre disques, coffret vendu au prix de deux symphonies en disque compact.  Ensuite, l’image haute définition superbe des DVDs est en Blu-Ray encore magnifiée, nous sommes tour à tour au milieu du concert et au milieu de l’orchestre, impossible de ne pas être intégralement pris par cette musique.

Ces disques sont à la fois une introduction idéale pour celui qui souhaite pénétrer ce monde fantastique et un trésor pour les connaisseurs. En effet, de nombreuses caméras, cachées pour ne pas perturber l’image, permettent de voir l’ensemble des détails de l’interprétation et de la partition. Les images splendides des artistes se succèdent à mesure qu’ils interviennent, rendant les œuvres très faciles à suivre malgré leur richesse. On sort émerveillés, et épuisé, de chacune des symphonies, d’avoir vu, et donc entendu, tous ces détails au sein d’une architecture grandiose. Nous partageons la tension de l’œuvre et des artistes. Le même phénomène se reproduit d’ailleurs tous les ans : l’auditoire met près d’une minute à se décider à applaudir à l’issue des finals, quasiment hypnotisé par la force de la symphonie et de son interprétation.

Dernière parution, la neuvième symphonie enregistrée à l’été 2010, est peut-être le sommet du cycle. Malgré le changement d’éditeur (Accentus est un récent producteur d’une immense qualité), les principes esthétiques de la réalisation ne changent pas. Comme toujours lorsqu’il dirige la neuvième symphonie, Abbado demande de baisser considérablement la lumière pour les dix dernières minutes de l’adagio final. Une fin extrêmement impressionnante, très lent et pianissimo ponctuée de nombreux silences, moments d’apesanteur avec un public absolument silencieux et médusé, et qui cette fois-ci mettra trois minutes pour applaudir après l’accord final.

Ces DVD sont parmi mes tous plus beaux disques, sans hésiter ceux que j’emmènerais sur une île déserte.

Robert Schumann : Les quatre Symphonies

Schumann symphonies

Robert Schumann : Les quatre Symphonies direction Paavo Jarvi, Deutsche Kammerphilharmonie de Brème

Trois DVD ou un Blu Ray C Major

On a l’habitude de sous évaluer, voire de dénigrer l’œuvre symphonique de Schumann. Il faut reconnaître que le romantique Schumann (comme Schubert avant lui) s’est surtout magnifiquement illustré dans les œuvres pour le piano, les lieder et la musique de chambre. Composer des symphonies après Beethoven était impressionnant, il est vrai. On a reproché également à ces symphonies une orchestration maladroite. Mahler s’est même senti obligé de les réorchestrer (très réussi). Le film que Paavo Jarvi a fait réaliser dans des conditions incroyables fera taire tous ces commentaires, tant l’inventivité de l’interprétation et l’allègement de la structure orchestrale mettra tout le monde d’accord sur la qualité de chef d’œuvres que sont ces quatre symphonies. Ces symphonies imagées (la première se surnomme Le Printemps, la troisième Rhénane) sont inventives, riches, archi-romantiques, pleine de vie et d’esprit. Par exemple, le flux orchestral du début de la symphonie « Rhénane » fait penser au bouillonnement du Rhin, le Rhin dans lequel Schuman se jettera quatre ans plus tard. Notons pour l’anecdote que le choral de cuivre de la quatrième symphonie a été repris par Wagner dans Parsifal (et non le contraire comme a tenté de le faire croire Jarvi à son orchestre durant les répétitions)

L’idée initiale de cette production est un film pédagogique sur les symphonies de Schumann. Très intéressant, il présente l’histoire de Schumann et montre Jarvi présentant les œuvres, exemples musicaux à l’appui, avec des extraits des symphonies filmées dans un espace original, un grand hangar du Pier 2 du port de Brème, plus utilisé pour les concerts pop et rock que pour la musique classique, entièrement aménagé pour l’occasion.

Mais l’intérêt du DVD (et mieux encore, du blu-ray) est l’interprétation intégrale des quatre symphonies, mais dans des conditions de qualité visuelle et acoustique remarquables car prévue initialement pour illustrer le film pédagogique. Les images, couleurs et les contrastes sont superbes, le son vraiment très bien enregistré (vingt-deux micros, vingt-deux pistes, parfait). Et ce qu’il y a à voir et entendre est remarquable.

En effet Paavo Jarvi nous interprète ces symphonies avec l’orchestre idéal, au bon format, véritable Ensemble de Taille Intermédiaire (quatre contrebasses seulement) qui dégraisse la texture orchestrale et qui fait ressortir l’originalité de l’orchestration, très réussie contrairement à la rumeur publique. Avec des tempos souples, jamais figés, Jarvi sait être tantôt léger, très léger, tantôt au contraire profond, variant continument les climats. Surtout depuis son passage à la tête de l’Orchestre de Paris, Paavo Jarvi est désormais plus connu que son père, le chef boulimique d’enregistrement Neeme Jarvi. C’est un des meilleurs chefs actuels, cet enregistrement le prouve.

Ludwig Van Beethoven : Les neuf Symphonies – Simon Rattle

Ludwig Van Beethoven : Les neuf Symphonies

Direction Sir Simon Rattle, Orchestre Philharmonique de Berlin

Trois DVD ou deux Blu Ray BPO

Les Symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Berlin, un grand classique pour le discophile ! Sans remonter jusqu’au premier enregistrement d’une symphonie de l’Histoire, déjà Beethoven (la cinquième) et déjà par le Philharmonique de Berlin en 1913 (sous la direction de son chef de l’époque Arthur Nikisch), le catalogue est rempli de versions « de référence » de ces symphonies par Berlin sous la direction de leur directeur musical Furtwängler (années 50), Karajan (trois fois, dans les années 60, 70 puis 80 à la naissance du disque compact), Abbado (années 90). Les versions de Karajan 80 et d’Abbado sont d’ailleurs disponibles en DVD et très recommandables (même si les films très modernes de Karajan à l’époque ont bien vieilli). Sir Simon Rattle, directeur des Berliner Philharmoniker de 2004 à 2017, a beaucoup attendu, jusqu’en 2016, car il voulait avoir construit une grande complicité avec l’ensemble, pour enregistrer ce testament. Et il le fait de façon magistrale, à la fois au disque, en vidéo en DVD/Blu-ray et en streaming, tout cela disponible sur le site du Philharmonique www.digitalconcerthall.com et www.berliner-philharmoniker-recordings.com

Le Beethoven de Rattle combine à la fois la perfection instrumentale propre à l’orchestre (l’éloquence des contrebasses et violoncelles, par exemple au début du final de la neuvième, les bois, le fondu des cordes, …), héritée de Karajan, et une liberté de phrasé et de tempi telle que Furtwängler l’a immortalisée. Pour les tempi, Rattle reconnait sa volonté d’intégrer en même temps l’intensité rythmique de Toscanini et la liberté de Furtwängler, l’orchestre lui offrant la puissance et l’énergie pour permettre sa vision. Les instrumentistes les plus anciens qui ont connu les trois derniers chefs expriment leur plaisir dans cette combinaison de l’agilité et la vivacité d’Abbado avec la beauté et la profondeur des couleurs de Karajan. Vous l’avez compris, cette approche riche et originale, conjuguant les grandes qualités des visions de ses prédécesseurs, nous a séduits.

L’orchestre, bien plus féminisé en 2016 que pour les versions précédentes, est disposé de façon originale pour un cycle de symphonies à Berlin : Rattle a exceptionnellement choisi de disposer les seconds violons à droite, créant ainsi un effet d’écho entre les deux lignes de violon et une grande spatialisation de l’ensemble.

Pour la dimension de l’orchestre, il n’y a pas d’effectif théorique. Rattle nous rappelle que Mozart a créé sa 40° symphonie avec un orchestre très réduit et a été ravi de l’entendre quelques jours plus tard avec un orchestre pléthorique. Même expérience pour Haydn et sa Création, créée en 1798 pour petit ensemble et jouée quelques jours plus tard par un orchestre et chœur éléphantesques. Dans ces enregistrements, la taille de l’orchestre évolue à mesure que Rattle considère que les symphonies le nécessitent, trois contrebasses et 10 premiers violons pour les deux premières symphonies, 5 contrebasses et 12 premiers violons pour l’Héroïque, l’orchestre complet (8 contrebasses, …) pour la neuvième. Sir Simon a choisi d’utiliser les partitions originales telles qu’elles ont été rééditées par Jonathan Del Mar. Notamment de nombreuses corrections ont été apportées à ce que l’usage et la tradition avaient pérennisé pendant plus de cent cinquante ans, par exemple l’utilisation du contrebasson pour doubler les contrebasses dans la neuvième symphonie (instrument très difficile et périlleux au début du XIX° siècle), ou le phrasé des cors dans l’Ode à la Joie.

Les DVDs sont complétés, « en bonus », de deux films, l’un sur la réalisation de cette production très ambitieuse, et l’autre montrant Rattle expliquer sa vision des symphonies, au piano pour les exemples musicaux, passionnant, vraiment.

Très bien enregistrée, ce qui est important pour rendre le son de ce qui est peut-être le plus bel orchestre du monde, parfaitement filmée (nous voyons par exemple bien mieux les solos des bois ou le chœur dans le final de la neuvième que ne l’ont pu les spectateurs le jour de l’enregistrement), cette production est devenue la nouvelle référence en image.

Beaumarchais

  • G. Rossini : Le Barbier de Séville, Opéra Bastille, Mise en scène Coline Serreau, (1 DVD TDK DVWW-OPBARB)
  • W.A. Mozart : Les Noces de Figaro, Covent Garden, Mise en Scène David McVicar, (1 DVD Opus Arte 0990D)

Les deux pièces de Beaumarchais ont fourni le livret des plus importants opéras de deux magiciens de l’art lyrique, Mozart et Rossini. Chacune est d’ailleurs parfaitement adaptée au compositeur qui l’a mise en musique et les opéras en soulignent encore davantage les différences. Le Barbier de Séville, pleine de légèreté et parfois de bouffonnerie, succession de situations invraisemblables et d’épisodes burlesques, avec un Figaro souvent pataud et toujours vantard, a bien naturellement séduit Rossini. Le Mariage de Figaro, bien plus fin et plus construit, véritable pièce des Lumières, avec ses six personnages beaucoup plus complexes et subtils, et un Figaro plus malin et plus agile, était bien sûr adapté à Mozart.

Ces deux productions sont probablement parmi les meilleures de ces dernières années, avec des décors et une mise en scène d’exception.

Le Barbier de Séville de l’Opéra Bastille, mis en scène par Coline Serreau en 2002 et repris cette année à Paris, est magnifique. Les décors rappellent que Séville a été occupée 400 ans par les musulmans qui y ont laissé une forte empreinte. Ce sont les plus beaux décors vus depuis longtemps, les différentes scènes nous montrant patios et extérieurs aux couleurs de l’Andalousie musulmane (Azulejos, …). La mise en scène est simple et efficace, avec de vrais moments forts comme cet Air de la Calomnie chanté par un Basilio de plus de deux mètres, véritablement impressionnant et intégralement cocasse. En fait la mise en scène fait preuve d’équilibre entre comique, voire burlesque (comme ce Figaro recouvert de téléphones portables), et classicisme (comme ces ensembles un rien statiques, aux antipodes des effervescences et agitations qu’on a pu voir dans d’autres productions). Le Comte Almaviva magnifiquement chanté par Roberto Saccà est en fait le vrai héros de l’opéra. L’air assez long où il converse avec ses hommes de main est, avec l’Air de la Calomnie déjà cité, un des moments forts du DVD. Ajoutons que l’image de grande qualité rend justice aux costumes et aux superbes décors, et que l’opéra est très bien enregistré ce qui donne un plaisir peut-être supérieur à ce que l’on peut entendre dans l’acoustique parfois difficile et ingrate de l’Opéra Bastille.

La production des Noces de Figaro à l’Opéra londonien de Covent Garden mérite également d’être conservé. Ici il n’y a plus de comique, seul parfois un humour fin dans une atmosphère et des lumières à la Watteau ou Fragonard. Les grandes caractéristiques de cette production sont un jeu d’acteur digne du théâtre, des costumes et des décors somptueux, décors changeant à vue entre les actes de façon impressionnante et efficace et un ensemble musical de tout premier plan. Le chef Antonio Pappano, qui tient aussi le clavecin lors des récitatifs, dirige un ensemble d’une très haute musicalité : le Figaro d’E. Schrott a une présence phénoménale, le Comte de G. Finley joue bien les différents états d’esprit du personnage (amoureux et égrillard, puis menaçant et méchant, puis perdu et pénitent), le Basilio de Ph. Langridge semblant le seul personnage issu du Barbier de Séville lance le fameux « cosi fan tutte » qui fait le lien avec l’opéra suivant de Mozart. Les chanteuses sont encore plus exceptionnelles : le voi che sapete de Cherubin (où l’on voit comme au théâtre la Comtesse se laisser peu à peu séduire, et Suzanne accompagner le page à la guitare) est un enchantement, le porgi amor de la Comtesse de D. Röschmann, le dove sono de la Suzanne pétillante de Miah Persson sont de grands moments de l’opéra.

Vraiment, ces Noces de Figaro sont peut-être le DVD à posséder en priorité pour se convaincre de l’intérêt de l’opéra en image.

Leonard Bernstein, 1918-2018

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Leonard Bernstein, 1918-2018

En Image !

Nous fêtons cette année le centenaire de la naissance de Leonard Bernstein. C’est l’occasion de revenir sur la carrière d’un des artistes les plus marquants du XX° siècle et de commenter quelques images de l’héritage qu’il nous a laissé.

Leonard Bernstein était un musicien complet. Comme compositeur, il est à la fois l’auteur de Musicals célèbres de Broadway (West Side Story, …)  et d’œuvres de musiques « sérieuses » (Symphonies, Ballets, …) que l’on conseille au plus haut point. Ses œuvres sont souvent engagées, vecteurs de sens et de messages, politiques ou religieux.

Mais Leonard Bernstein était aussi un grand pédagogue (ayant fait découvrir la musique classique à des millions de jeunes téléspectateurs américains), pianiste de niveau international, et surtout un des plus grands chefs d’orchestre du XX° siècle, dirigeant avec succès et authenticité trois siècles de musique depuis Haydn jusqu’aux contemporains américains.

Pour découvrir et apprécier le Bernstein auteur du Musicals, trois DVDs à conseiller sans réserve : Tout d’abord naturellement West Side Story, dans le film réalisé en 1961, 5 ans après a création du de la comédie musicale, par Robert Wise avec Natalie Wood. Tout y est. Mais plus original nous conseillons aussi le film « Making-of » de l’enregistrement en disque que Bernstein réalisa de sa comédie musiacle en 1984 avec l’idée surprenante d’y faire chanter des stars d’opéra (DVD Deutsche Grammophon 466609). On voit donc dans ce DVD de répétition Lenny tenter de faire swinger deux des plus grands artistes de l’époque Kiri Te Kanawa et José Carreras, avec un mélange savoureux d’autorité et de cool-attitude. Et pour terminer, nous recommandons fortement Candide, une comédie musicale encore plus ironique que le conte de Voltaire vis-à-vis de la philosophie optimiste de Leibniz (caricaturée par Voltaire en un « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles »). Bernstein y mélange les styles et les musiques pour en faire une œuvre complète, facile d’accès mais résolument moderne. Le DVD (Deutsche Grammophon) présente une version de concert, dirigée et commentée par Bernstein lui-même à Londres, à acquérir sans hésiter.

West Side Story

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West Side Story Making of

Toujours pour découvrir Bernstein compositeur, nous choisissons de vous conseiller le DVD (Deutsche Grammophon) où il dirige sa symphonie n°2 « Age of Anxiety » (avec le jeune Krystian Zimerman au piano, qui depuis a fait une carrière formidable), et sa Sérénade (en fait un concerto pour Violon) d’après Platon (avec le jeune Gidon Kremer au violon, qui lui aussi est devenu une star). Deux œuvres magnifiques, très caractéristiques des compositions importantes de Bernstein, mahlérienne, faciles d’accès, toujours porteuse d’un poids littéraire ou d’un poids religieux (ses deux autres symphonies ont pour thème le Kaddish (la prière juive pour les morts) et les lamentations de Jérémie, …).

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Pour le Bernstein chef d’orchestre, on trouve en DVD les enregistrements passionnants par Bernstein des grandes symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler, Sibelius (et Bruckner, Franck, Haydn, …), et des chefs d’œuvres américains (Gershwin, Ives, Copland, Bernstein lui-même on l’a dit). Tous à recommander. Nous choisissons de distinguer le DVD de Bernstein dans Mozart (17°concerto, 39° symphonie) qui est une rareté. En effet Leonard Bernstein était aussi un grand pianiste, que l’on connaît dans son élément dans Gershwin ou comme accompagnateur au piano dans Mahler. Mais là, dirigeant l’orchestre de Vienne depuis son Bösendorfer, il donne une vraie leçon de style mozartien, montrant une grande concentration. Dans le final de la 39° symphonie, un des mouvements les plus festifs de Mozart, on retrouve un Bernstein dansant et entraînant. Et comment ne pas citer également l’événement de Noël 1989, lorsque Bernstein courut sur les ruines du mur de Berlin diriger la neuvième de Beethoven avec un orchestre venant des deux Allemagnes (Munich et Dresde) et des quatre puissances occupantes (orchestres de Leningrad, New York, Paris et Londres). Le mot Joie avait été remplacé par le mot Liberté, et la symphonie se termine donc par l’Ode « à la Liberté », d’après Schiller. Une interprétation exceptionnellement prenante, de près d’une heure et demi, à la hauteur de l’événement.

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Il nous faut parler pour finir des talents de Bernstein pédagogue. Bernstein a tenu deux séries d’émission pédagogiques pour la télévision américaine, dans les programmes éducatifs Omnibus dans les années 50 et «Young People’s Concerts» dans les années 60. Ces émissions, en noir et blanc, sont passionnantes. Trouvables sur Youtube, je recommande ici à titre d’exemple les épisodes qui m’ont le plus marqué : « What is a recitative ?», « Humor in Music », « What is Jazz ? ». Un artiste complet, vraiment.

Bernstein Omnibus

 

Marc Darmon

Petite playlist des meilleures BO de l’espace

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Peut-on regarder l’Espace avec un autre angle que tous ceux qui sont pris dans les blogs et  revues habituelles (politique, technologique,…)? Oui, c’est celui du lien entre l’Espace et la Culture. Tous les arts ont été influencés par l’Espace, et l’Espace est connecté depuis longtemps à tout type d’œuvres culturelles. Sautent à l’esprit naturellement les romans de Jules Verne, les albums d’Hergé, les films de Georges Lucas ou Ridley Scott, mais aussi les poèmes (et romans) de Cyrano de Bergerac (le vrai !), les peintures et sculpture de Fontana ….

Pour ne pas nous noyer, nous consacrons cette rubrique à une sélection d’œuvres de musique classique qui se trouvent liées à l’espace.

Viennent à l’esprit tout d’abord les morceaux classiques utilisés comme bande sonore de films sur l’espace. Comme ils ne sont pas si nombreux cela va nous donner l’occasion de pouvoir en parler avec suffisamment de détails.

2001, L’Odyssée de l’Espace  a été un évènement lors de sa sortie en 1968. Ce chef d’œuvre du réalisateur caméléon Stanley Kubrick (aussi original pour un film de science-fiction qu’il l’avait été pour un péplum, Spartacus, ou un film de guerre, les sentiers de la gloire, ou qu’il le sera pour un film d’horreur, Shining) est une mise en perspective philosophique d’après le roman bien plus linéaire d’Arthur C Clark (qui a publié depuis deux suites de son roman original). La musique du film est entièrement tirée du catalogue classique, comme le seront celles d’Orange Mécanique et de Barry Lindon. On ne parlera pas des quelques sons tirés du Requiem de Ligeti, et d’une courte pièce d’un ballet du compositeur arménien Khatchatourian, car les deux morceaux principaux sont Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss et le beau Danube bleu de Johann Strauss II.

La  vie créatrice de Richard Strauss, au-delà des années de jeunesse, peut en fait se résumer en deux grandes périodes, celle de 1886 à 1900 consacrée aux œuvres orchestrales et surtout aux poèmes symphoniques, puis à partir de 1905 celle consacrée principalement aux opéras, seconde période débutant par des Salomé et Electra expressionnistes et exacerbées, avant des Chevalier à la Rose et Ariane à Naxos plus mélodieux (« mozartiens » disent les amateurs). C’est Liszt qui popularisa le concept de poème symphonique, œuvre symphonique qui relate et suit une histoire, donc de la musique descriptive et non pure. Les premiers poèmes symphoniques de Strauss sont principalement consacrés à un personnage, Macbeth, Till l’espiègle, Don Juan, Don Quichotte, avant Une vie de Héros qui les résume tous. Mais bien sûr, mettre en musique un livre philosophique comme le Zarathoustra de Nietzsche, c’est autre chose. D’ailleurs reconnaissons que, même en étant un grand amateur de l’œuvre, de sa musique et de son orchestration, nous n’avons jamais vraiment réussi à suivre les méandres philosophiques nietzschéens dans cette œuvre magnifique de plus d’une demi-heure. Kubrick de toute façon n’utilise que les deux premières minutes d’introduction du poème (en introduction et conclusion du film), et il a plus fait pour la notoriété du morceau que tous les chefs d’orchestre qui l’ont enregistré. Si vous voulez découvrir le reste de l’œuvre, chaudement recommandé, prenez au hasard une des versions de Karajan (c’est ce qu’a fait Kubrick). Mais mon disque de l’ile déserte c’est le disque enregistré à Chicago par Sir Georg Solti, couplé avec Till et Don Juan, peut être le disque le mieux enregistré de l’Histoire.

Johann Strauss II n’a rien à voir avec Richard Strauss, allemand alors que la dynastie des Strauss est viennoise. Johann junior est probablement le plus doué de la famille. Avec son père Johann I et son frère Joseph Strauss, ils composèrent près de mille de valses viennoises très bien construites mais les plus fameuses (Valse de l’empereur, Aimer Boire et Chanter, Sang Viennois….) sont celles de Johann II, et la plus célèbre reste le beau Danube bleu. Kubrick utilise cette musique lors des prises dans l’espace pour accompagner le mouvement des engins spatiaux et il a apporté une attention particulière à la synchronisation des images avec la musique. Les versions discographiques sont extrêmement nombreuses, ne serait-ce parce que parmi les programmes différents tous les ans du concert du nouvel an à Vienne, le beau Danube bleu est systématiquement joué en clôture du concert, avant le bis, toujours le même lui aussi. Beaucoup de grands chefs d’orchestre ont laissé un enregistrement de la valse. Mes préférés sont les versions de Karajan, celle enregistrée en studio (choisie par Kubrick) et celle enregistrée au concert du nouvel an que Karajan dirigea en 1988, et les deux enregistrées par Carlos Kleiber lors des concerts du nouvel an de 1989 et 1992. Les trois concerts de 1988, 1989 et 1992, existent en DVD, et sont superbes.

Si on fait l’impasse sur quelques notes de la petite musique de nuit de Mozart dans Alien, le second film « spatial » où on entend de la musique classique est le film de 1983 de Philip Kaufman, l’Etoffe des Héros. On y entend le Halleloujah, passage le plus célèbre du Messie de Haendel, et Mars du Gustav Holst.

Haendel est né à quelques kilomètres et à quelques jours de la naissance de Bach. Mais contrairement à Bach qui s’est formé auprès des grands maitres allemands, Haendel est allé prendre le soleil de l’Italie à vingt ans avant de s’installer en Angleterre. Ses opéras et ses oratorios sont donc une combinaison de l’accessibilité et de la richesse mélodique de Vivaldi (leur contemporain exact) et de la profondeur et qualité de Bach. Le Messie, oratorio en trois parties, est une succession d’airs et de chœurs, composé en 1741, naturellement en anglais. Tout est intégralement magnifique dans ces deux heures et demie de musique. La célébrité de l’Halleloujah ne doit surtout pas faire oublier le reste de l’œuvre (ni mon second oratorio préféré, Israël en Egypte, superbe également, qui met en musique les mots de l’Exode). On n’enregistre plus Haendel comme on le faisait il y a trente ans, désormais les orchestres sont « historiquement renseignés », et jouent avec les instruments et effectifs de l’époque. Avec cet effectif réduit (30 à 40 musiciens) choisissez les versions de Gardiner, William Christie ou René Jacobs. Mais si vous êtes nostalgiques des effectifs symphoniques et des instruments modernes, n’hésitez pas à trouver la version de Solti à Chicago ou celle Colin Davis.

L’autre œuvre utilisée dans l’Etoffe des Héros, Mars, fait le lien avec la seule œuvre de musique classique qui a été elle inspirée par l’espace, le cycle de poèmes symphoniques Les Planètes, de Gustav Holst. Ces sept poèmes symphoniques, un par planète, dans un léger désordre par rapport à l’ordre depuis le soleil, a été publié en 1918. C’est l’œuvre la plus célèbre de Holst, compositeur anglais, guère plus célèbre que ses contemporains pourtant remarquables Elgar, Bantock, Bax, Vaughan Williams, Ketelbey, Walton. Bien entendu la personnalité d’une planète est bien compliquée à cerner pour en tirer un poème symphonique, Holst s’est donc surtout appuyé sur la personnalité du dieu qui a donné son nom à chaque planète. Un Mars guerrier, avec un terme de marche martiale (thème des lancements des fusées dans l’Etoffe des Héros), un Mercure léger (« aux pieds ailés »), un Saturne pensif, etc… Pluton n’avait pas été encore été découverte à l’époque, et donc n’a pas été composé.

Après les œuvres utilisées dans les films d’espace (Zarathoustra, le beau Danube bleu et le Messie), et Les Planètes inspirée par l’espace, la troisième catégorie d’œuvres classiques qu’il nous faut citer ici sont les œuvres de musique envoyées dans l’espace. En effet la Nasa a décidé d’envoyer dans les sondes Voyager(1977) des messages pour les éventuels extraterrestres. Des dessins (avec les coordonnées du système solaire, les différences sexuées des mammifères …) et des sons (« bienvenu » en 55 langues, bruit de la nature,  et de la musique). Ne jugeons pas l’initiative, et contentons-nous de commenter le contenu.

Parmi les morceaux envoyés, citons les Concertos Brandebourgeois de Bach, dans une version que l’on considèrerait aujourd’hui bien vieillie (alors vous imaginez les extraterrestres !), une partita de Bach pour violon seule dans la version atemporelle d’Arthur Grumiaux, l’Air de la Reine de la Nuit de la Flute Enchantée, le Sacre du Printemps de Stravinsky dirigé par l’auteur,  un extrait du clavier bien tempéré de Bach dans la version immortelle  mais toujours discutable de Glenn Gould, et la cinquième de Beethoven.

Parler de la cinquième symphonie de Beethoven, une des œuvres les plus célèbres du monde, dans un blog de cette qualité fait prendre le risque de ne strictement rien apprendre au lecteur. Contentons-nous donc de conseiller les versions discographiques en quatre catégories. Depuis plus de vingt ans la plupart des ensembles baroques ont enregistré l’œuvre sur instrument d’époque, fidèle au son que Beethoven aurait pu entendre, à la verdeur et à la difficulté à être joués des instruments du début du XIX° siècle : il y a peu de mauvaises versions. Mais il est permis de penser que le coté grandiose de ces œuvres symphoniques mérite un grand orchestre symphonique, que Beethoven aurait applaudi s’il l’avait connu. Là, il y a les trois autres catégories : les grands chefs symphoniques, les versions de Furtwängler et les versions Karajan. Parmi les grands chefs, recommandons Solti, Klemperer (le choix de la Nasa), Bernstein et Carlos Kleiber. Mais que les amateurs se régalent, comme les spécialistes, des versions de Furtwängler et de Karajan (une dizaine chacun, entre les enregistrements de studio et les « lives »), et s’amusent à les comparer, c’est un jeu infini !

Pour terminer, disons un mot d’une occasion manquée. Puccini n’a rien écrit sur l’espace. Il avait su nous amener dans la Chine médiévale, au Japon de l’ère Meiji, au Far West, dans le Paris des misérables (quatre fois !), en adaptant chaque fois sa musique vériste aux styles des pays et périodes visités. Après les explorations harmoniques de Turandot (1924, inachevé), on imagine donc qu’il aurait surement composé un chef d’œuvre lyrique si on lui avait proposé un livret « spatial » qui l’ait inspiré (Micromegas, de la Terre à la Lune, …).

Naturellement, l’histoire du lien entre l’espace et la musique classique ne s’arrête pas là.  L’histoire spatiale en est à ses débuts à l’échelle de l’humanité, et il en est de même pour la musique classique, qui n’a qu’un demi-millénaire. Déjà on voit poindre des œuvres de musique contemporaine inspirées elles aussi par l’espace (Dutilleux, Messiaen, Florentz, …), musique dont j’avais fait le choix, subjectif une fois de plus, de ne pas parler ici.

Marc DARMON

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