par Christian Evain

Short Stories / Thierry Escaich / Tchalik Quintet

Thierry Escaich est un compositeur intéressant à plus d’un titre.

Organiste de formation et de pratique, il poursuit une grande lignée de musiciens français qui court de Louis Couperin à Cesar Franck et Olivier Messiaen.

De plus, son langage est clairement installé dans une harmonie modale, parfois tonale, non sérielle. Sa musique est ainsi « accessible » au plus grand nombre. Mais il n’éprouve nullement le besoin, contrairement à certains compositeurs bavards et trop médiatisés, de faire de l’ opposition au sérialisme en général, et à Pierre Boulez en particulier, l’ étendard cache-misère d’une maigre inspiration prétendument néoclassique.

Mais c’est bien sûr l’originalité de sa musique qui en fait une figure importante de notre paysage musical.

S’il fallait une analogie picturale, on penserait aux peintres fauves, ou mieux, à un Jackson Pollock, à un De Kooning… Côté littérature, ce serait le Rimbaud des Illuminations…

C’est une musique singulière, qui emprunte à plusieurs langages (modal, tonal, poly-rythmique, micro-intervalles, chromatismes, etc) mais sans jamais pasticher. Car tout est maîtrisé au service d’un propos parfaitement compréhensible et profondément original, souvent à connotation métaphysique ou spirituel. 

Il y une urgence rythmique, un bouillonnement harmonique, qui d’emblée vous saisissent et vous lâchent rarement.

Mais attention: chez un artiste peu intègre ou de moindre inspiration, cela virerait au procédé lassant, au maniérisme vain, au patchwork indigent. 

Ce n’est nullement le cas ici. Chaque pièce est structurée. Le mouvement, les rythmes, les ruptures,  ne sont jamais une inutile agitation: ils soutiennent une direction, une vaste architecture bien servie aussi par la richesse des timbres instrumentaux (surtout dans les oeuvres orchestrales).

Il n’y a pas, bien sûr, que bruit et fureur chez T.Escaich: l’inquiétant Andante des Scènes de Bal pour quatuor à cordes, suffit à s’en convaincre.

Le CD est consacré à des pièces pour Quatuor, quintette avec piano, piano et violon, violon seul. Une promenade convaincante dans l’univers chambriste d’un musicien qu’on associe peut-être davantage à l’orchestre. Et en prime, les notes du compositeur lui-même.

On l’aura compris: écouter ce CD relève de l’obligation pour tout mélomane de notre temps.

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